À l’international, le Xi Jinping nouveau est arrivé

Fini le temps où, sur toutes les questions internationales, les dirigeants chinois adoptaient une attitude essentiellement modeste. Lorsqu’il y a une quarantaine d’années, la Chine lançait son développement économique, c’était avant tout une question que les gens ne craignaient pas. Pékin s’abstient de proclamer son intention de devenir une superpuissance économique. Dans les années 1990, Deng Xiaoping, en lançant des réformes qui vont transformer le pays, n’hésite pas à rappeler la nécessité de “Cachez votre talent, attendez votre heure, faites profil bas et ne revendiquez jamais votre supériorité”.

La perspective a beaucoup changé. En 2017, au cours du XIXe Au Congrès du Parti communiste, Xi Jinping a fait référence à cette formule, indiquant que la Chine n’avait pas à faire profil bas. Aujourd’hui, le pays est devenu la deuxième économie mondiale, juste derrière les États-Unis. Et il vise la première place en 2049, lorsque le Parti communiste chinois (PCC) proclamera son centenaire d’accession au pouvoir.

Ingérence chinoise au Canada

Tout indique que Xi Jinping veut promouvoir cette logique d’une puissance chinoise affirmée et grandissante, qui s’accompagne de la prolongation de son mandat à la tête du PCC. Après cela, il a fait en sorte que ce maintien au pouvoir soit approuvé à l’unanimité lors du congrès tenu en octobre.

Ainsi renforcés, les numéros un chinois adoptent une nouvelle attitude. Jusqu’à présent, surtout à l’étranger, son comportement était empreint de discrétion et de majesté. Lorsqu’il se déplaçait en public, il parvenait à prononcer quelques mots soigneusement préparés. Mais le 16 novembre à Bali où, avec d’autres chefs d’État, il participait au sommet du G20, il se lançait dans un étrange exercice de colère froide.

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Lors d’une courte pause dans cette salle de réunion internationale, il a fait venir le premier ministre canadien Justin Trudeau. Ce dernier a révélé à la presse que lors de son entretien de la veille avec Xi Jinping, il lui avait fait part de la profonde inquiétude qu’il ressentait à propos de “activité d’interférencechinois au Canada.

Dans ce pays, plusieurs cas défrayent actuellement la chronique : les onze députés élus au Parlement à Ottawa en 2019 recevraient des financements chinois pendant leurs campagnes électorales ; un chercheur chinois travaillant pour la société d’État Hydro-Québec est actuellement en prison pour avoir divulgué des secrets industriels à la Chine; et, récemment, une enquête a été ouverte sur trois postes de police chinois illégalement établis dans la banlieue de Toronto.

“Ce n’est pas approprié”

Évidemment, Xi Jinping a voulu montrer son agacement. Avec un visage souriant mais un ton très ferme, comme une réprimande, il a lancé Justin Trudeau : “Aller dire aux journaux ce que nous avons dit pendant notre conversation était inapproprié.” Avant d’ajouter : “Et d’ailleurs, ce n’est pas comme ça que la dispute s’est déroulée. […] S’il y a de la sincérité [de votre part], alors nous devrions avoir une discussion basée sur le respect mutuel. Sinon, il est difficile d’en attendre trop.”

Ces mots, traduits en anglais par l’interprète de Xi Jinping, ont été prononcés devant les caméras qui filmaient la conversation de Justin Trudeau avec des journalistes. Le dirigeant chinois a certainement remarqué la présence de ces médias et c’est pourquoi il a tout fait pour rendre public son mécontentement envers le Premier ministre canadien.

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La séquence nous permet d’entendre Justin Trudeau déclarer également : « Au Canada, nous croyons au dialogue libre, ouvert et franc, et c’est ce que nous continuerons de faire. […] Nous continuerons à chercher à travailler ensemble de manière constructive, mais il y aura des choses sur lesquelles nous ne serons pas d’accord.” Xi Jinping a alors levé la main et a répété cela deux fois “Il faudra d’abord se mettre d’accord sur les termes des discussions”. Puis les deux hommes se sont serré la main, puis le dirigeant chinois est parti.

Joe Biden et Xi Jinping, deux hommes aux rôles renforcés

Ce voyage à Bali a surtout permis à Xi Jinping de rencontrer Joe Biden à la veille de la réunion du G20 le 14 novembre. Les deux hommes se connaissent car ils se sont vus à plusieurs reprises lorsque l’un était vice-président de Barack Obama et l’autre membre de la direction du PCC, alors présidé par Hu Jintao. En revanche, depuis son accession à la Maison Blanche en janvier 2021, Joe Biden n’a pas revu le président chinois, reclus dans son pays en raison de l’épidémie de Covid-19. Ils ne se sont appelés que plusieurs fois.

Le 14 novembre, deux personnages aux rôles améliorés se rencontrent. Contrairement aux prévisions des instituts de sondage américains, Joe Biden n’a pas été beaucoup affaibli par les élections de mi-mandat début novembre : le Parti démocrate n’a pas été brisé par les Républicains à la Chambre des députés et, au Sénat, il conserve une petite majorité. Quant à la Chine, dans un contexte totalement opaque, tout indique que le Congrès du Parti communiste qui s’est tenu du 16 au 22 octobre permet à Xi Jinping de renforcer son pouvoir.

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A Bali, les deux dirigeants ont discuté pendant trois heures dans la salle de conférence d’un grand hôtel. Il n’y a pas eu de communiqué conjoint à l’issue de cette rencontre, mais côté chinois, il a indiqué que Xi Jinping l’appréciait. “L’état actuel des relations sino-américaines ne correspond pas aux intérêts fondamentaux des deux pays et des deux peuples ni aux attentes de la communauté internationale”. Alors que du côté américain, il a été rapporté que Joe Biden a déclaré : “Nous partageons, à mon avis, la responsabilité de montrer que la Chine et les Etats-Unis peuvent surmonter leurs différences, empêcher que la concurrence ne se transforme en conflit.”

Taïwan, “une ligne rouge”
ne pas traverser

Après ces affirmations de bonnes intentions, toutes sortes de points de divergence ont été évoqués. Surtout à Taïwan. Xi Jinping a déclaré que ce problème est “une ligne rouge à ne pas franchir dans les relations sino-américaines. […] Résoudre la question de Taiwan est l’affaire des Chinois.” Joe Biden a également été ferme en disant que le statu quo régissant la coexistence entre Taiwan et la Chine doit être maintenu. Dans ses discussions avec la presse après cette rencontre avec Xi Jinping, il a ajouté qu’il ne pensait pas “qu’il y aura une tentative imminente de la Chine d’envahir Taïwan”.

Économiquement, Joe Biden
a averti que les États-Unis continueraient à “concurrencer vigoureusement” la Chine.


Bien sûr, le président américain l’a dit “préoccuper” sur le respect des droits de l’homme au Xinjiang, au Tibet et à Hong Kong. Et économiquement, il a prévenu que les États-Unis continueraient “s’opposer à une concurrence vigoureuse” en Chine. Mais il y avait dans cette rencontre une volonté évidente d’apaiser les tensions. En tout état de cause, il a accepté de multiplier les visites ministérielles bilatérales afin “Gardez les canaux de communication ouverts”. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken doit se rendre prochainement en Chine pour poursuivre les discussions sur les questions internationales.

A Pékin, à l’issue de ces pourparlers sino-américains, le journal Huanqiu Shibao, du groupe Quotidien du Peuple, écrivait : “La rencontre entre les deux chefs d’Etat à Bali a montré que les deux grandes puissances ont encore de nombreux points de vue communs.”

“La plupart” des membres du G20 condamnent la guerre en Ukraine

Xi Jinping a également rencontré plusieurs autres dirigeants présents. Avec Emmanuel Macron, le 15 novembre, l’entretien a duré quarante-trois minutes. Le président français dit qu’il veut que Pékin joue “un rôle plus important dans la médiation” dans la guerre en Ukraine, afin “pour pousser la Russie à la désescalade”.

Le même jour, le conflit entre Moscou et Kyiv fait l’actualité lorsqu’un missile russe franchit la frontière ukrainienne et tue deux personnes dans un village polonais. Le G20 a changé d’ordre du jour alors que Joe Biden, la direction de l’OTAN et le gouvernement polonais ont rapidement conclu que l’armée russe n’était pas derrière cette fusillade. Contrairement à Vladimir Zelensky, le président ukrainien, qui a commencé par incriminer la Russie avant de nuancer cette accusation. Xi Jinping, pour sa part, s’est contenté de demander aux deux parties, Ukrainiens comme Russes, de «garder le silence“.

En tout état de cause, les pays participant au G20 se sont mis d’accord sur un texte indiquant ce “plus” membres du groupe des vingt grandes puissances économiques “Condamnons fermement la guerre en Ukraine”. “La plupart” signifie que la Russie, représentée à Bali par son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est opposée à la formulation de cette déclaration. Cette fois, cependant, la Chine a voté, alors qu’elle s’est jusqu’ici abstenue chaque fois que l’ONU a adopté une résolution condamnant l’offensive russe en Ukraine.

Construire une “économie numérique mondiale équilibrée”

Toutes ces nouvelles éclipsent quelque peu le discours de Xi Jinping du 15 novembre, dans lequel il considérait que “Les pays doivent se respecter, rechercher un terrain d’entente au-delà des différences, s’efforcer de vivre ensemble en paix et promouvoir une économie mondiale ouverte. Aucun pays ne doit agir au détriment des autres, ni construire “un petit jardin avec de hautes clôtures”.

Pour ce faire, le dirigeant chinois a notamment proposé la construction d’un “Une économie numérique mondiale équilibrée et coordonnée qui profite à tous et se caractérise par une coopération mutuellement bénéfique et une prospérité commune”. Selon lui, il faut “libérer le potentiel de l’économie numérique pour stimuler la croissance mondiale”.

Parmi les engagements pris à l’issue de cette rencontre internationale figure l’idée d’encourager la communauté mondiale à utiliser davantage la technologie, pour passer le plus rapidement possible à l’économie numérique. Cet objectif, inspiré par la Chine, apparaît accompagné de la volonté d’assurer la stabilité du marché de l’énergie ou de renforcer la lutte contre l’immigration clandestine.

Ainsi, Xi Jinping apparaît comme un leader qui cherche à promouvoir une plus grande coopération entre les pays. Avec, sans doute, l’idée que la Chine peut aujourd’hui jouer un rôle moteur dans cette coopération. De ce point de vue, il est utile que Pékin relâche les contacts avec Washington. Mais au passage, Xi Jinping apprécie son rôle de chef du Parti communiste chinois. Parallèlement, elle cherche constamment à renforcer la présence économique et diplomatique de la Chine sur la scène internationale.



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